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Rokia Bamba recommande ‘Grand Union’ de Zadie Smith

“La lecture fait partie de mon identité. Je ne sors jamais sans un livre dans mon sac. La lecture me nourrit non seulement au niveau des émotions mais aussi au niveau intellectuel, et je veux transmettre ce savoir à mes enfants.”

Hier staat de titel ‘1 Stad, 19 Boeken’ met enkele boeken uit de illustratie van Levi Jacobs.

Aux platines et à la plume

Rokia Bamba est animatrice et DJ sur Radio Campus mais aussi militante passionnée. Elle a choisi le livre Grand Union de Zadie Smith. Zadie est de la même génération que Rokia. C’est une écrivaine britannique d'origine jamaïcaine qui vit actuellement à New York. Elle écrit pour le célèbre hebdomadaire The New Yorker et enseigne l’écriture créative à l’Université de New York. Zadie Smith écrit régulièrement sur le racisme et l’identité. Son père est britannique et sa mère jamaïcaine.

Pour Rokia Bamba, la lecture fait partie de son identité. « Je ne sors jamais sans un livre dans mon sac. » Pour lire tranquillement ou réfléchir à ce qu’elle vient de lire, Rokia se rend au Mont des Arts et au parc Duden. « Tant que je peux entendre la ville qui m’entoure. En tant qu’artiste, ce n’est pas du bruit, mais du son pour moi. »

Dans Grand Union, on plonge dix-neuf fois dans des vies différentes. Selon Rokia, le livre est comme un grand immeuble à appartements dans lequel on peut voir partout. Dans ce livre, l’auteure compile des nouvelles qu’elle a écrites entre 2013 et 2018. Certaines histoires ont déjà été publiées dans des magazines. D’autres sont à lire pour la première fois dans Grand Union. « Cela nous donne un aperçu des coulisses et on découvre comment Smith a évolué en tant qu’écrivaine. Les histoires sont très variées, parfois elles se terminent abruptement alors qu’on en voudrait plus », s’amuse Rokia.

Univers jamaïcain

« Les histoires sont très différentes. Certaines se déroulent dans un monde apocalyptique. D’autres sont plus politiques. Les portraits sont également très divers et surprenants et certains se démarquent vraiment », dit Rokia.

Monica par exemple est l’histoire d’une femme, Monica, qui se rend compte qu’elle vieillit. Elle essaie de se souvenir de ses expériences sexuelles à l’époque où elle était étudiante. Rokia a trouvé très rafraîchissante la façon dont le sexe est abordé dans ce roman et elle s’est identifiée au personnage de Monica. « Elle réfléchit à sa relation avec les hommes, c’est fascinant ! Vous devriez vraiment le lire. C’est de l’éducation sentimentale », m’exhorte Rokia. Monica est un personnage que Rokia admire parce qu’elle fait des choses que Rokia n’ose pas encore faire.

Il y a la nouvelle Downtown qui parle d’une chanteuse funk à New York et, en tant que DJ, Rokia aime mixer du funk, donc elle est vite entrée dans l’histoire. Dans Downtown, la chanteuse se rend au tribunal avec sa tante jamaïcaine pour suivre un procès. « Les deux commentent ensuite le procès et discutent de leurs propres soucis, mais on est en même temps plongé dans l’univers jamaïcain, la langue utilisée est différente. Et j’ai trouvé cela très fort. On est tout de suite dans l’ambiance. »

Douloureusement reconnaissable

« Et puis, il y a les histoires qui font pleurer. Kelso Deconstructed est la plus dure de tout le recueil », nous dit Rokia avec conviction. On y apprend à connaître le personnage de Kelso à travers ses rêves, mais il ne les réalisera jamais à cause d’un raciste qui croise son chemin.

« L’injustice qui en découle est décrite par Smith comme une sorte de poème slam, incroyablement fort, mais ce qu’elle dit est terrifiant et reste d’une réalité douloureuse aujourd’hui », dit Rokia. « Je pense par exemple au jeune joggeur qu’ils ont abattu comme s’il s’agissait d’un lapin (il y a quelques mois, l’Afro-Américain Ahmaud Arbery, 25 ans, a été abattu en Géorgie par deux hommes blancs qui l’ont accusé de cambriolage, NDLR). »

Zadie Smith n’a pas peur des sujets politiques. « On ressent l’activisme dans ses nouvelles ou ses essais. Et cela m’inspire. En tant que femme noire, je lutte chaque jour contre le racisme et le sexisme. » Certains personnages des nouvelles de Grand Union sont douloureusement reconnaissables pour Rokia. « Mais il est important de faire la distinction entre la situation aux États-Unis et ici. Le racisme est partout, mais notre histoire et nos sociétés sont différentes. »

Carnets

Les nouvelles de Grand Union aident Rokia à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Selon Rokia, Zadie Smith réussit non seulement à raconter des histoires, mais aussi à nous faire réfléchir par nous-mêmes : « Les choses que j’apprends dans ses livres me donnent la force et l’inspiration nécessaires pour agir. Grâce à Zadie, je me pose les bonnes questions : vers où je veux aller ? Pourquoi est-ce que j’agis ? Qu’est-ce que je n’accepte plus ? »

 

« On ressent l’activisme dans ses nouvelles ou ses essais. Et cela m’inspire. En tant que femme noire, je lutte chaque jour contre le racisme et le sexisme. »

 

Est-ce que Rokia choisit parfois des livres avec des thèmes moins lourds ? Pas vraiment. « Avec l’âge, j’ai l’impression d’avoir beaucoup de choses à rattraper. La lecture me nourrit non seulement au niveau des émotions mais aussi au niveau intellectuel, et je veux transmettre ce savoir à mes enfants. En faisant beaucoup de recherches et de lectures, j’ai élaboré ma propre vision d’un monde meilleur. Un monde où il y aurait de la place pour tout le monde et c’est cela que je veux transmettre. Cet été, je compte écrire sur cette vision. »

Elle a donc aussi l’ambition d’écrire ; pour l’instant elle note ses pensées dans des carnets. « J’ai des tas de petits carnets qui sont tous remplis. Si vous saviez combien j’en ai ! Il est maintenant temps de faire quelque chose avec et je n’aurais jamais pu faire tout ça sans les livres. »

Het verbond • Zadie Smith
‘Grand Union’ • vert. Anne Jongeling en Kitty Pouwels
Prometheus, 2019 • 271 p.

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Cette interview fait partie de 1 City, 19 Books (2020) – un projet de Muntpunt et des bibliothèques néerlandophones de Bruxelles.