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Bozena Coignet recommande ‘Leurs enfants après eux’ de Nicolas Mathieu

“Ce sont les trois premières pages d’un livre qui sont déterminantes pour moi. Je ne sais pas comment vous expliquer ce qui se passe en moi. C’est comme la beauté, ça n’a pas de mots. Soit je suis happée, soit je ne le suis pas.”

Hier staat de titel ‘1 Stad, 19 Boeken’ met enkele boeken uit de illustratie van Levi Jacobs.

« Un des rares avantages du communisme, c’est qu’il y avait une bibliothèque dans chaque commune. »

La Bruxelloise Bozena Coignet, chargée de projet pour le volet littérature d’Europalia, a fait de sa passion son métier. En 2001, elle intégrait le festival international basé à Bruxelles lors de l’édition consacrée à son pays d’origine : la Pologne. Cette passionnée de lecture nous parle d’un livre qui l’a profondément marquée : Leurs enfants après eux. Un roman signé Nicolas Mathieu qui fait intimement écho à sa propre trajectoire de vie.

« Ce besoin d’aller ailleurs, je le connais, » dit Bozena Coignet en faisant référence à Leurs enfants après eux, le deuxième roman de l’auteur français Nicolas Mathieu qui lui valut d’être récompensé du Prix Goncourt en 2018. Dans cette fresque torride, l’auteur dépeint sur quatre étés le destin d’adolescents pris au piège du territoire qui les a vu grandir : un bassin métallurgique français à l’agonie.

Partir ou rester dans une ville sans promesses d’avenir ? Née dans un petit village du sud de la Pologne en 1969, Bozena Coignet fait ses valises à l’âge de 20 ans, traverse un Berlin délesté de son mur pour rejoindre celle qui deviendra sa ville de cœur et d’adoption : Bruxelles.

« La lecture de Leurs enfants après eux fut forcément pour moi un voyage intérieur, » explique la chargée de projets pour le festival international Europalia. « Le livre est très bien écrit. L’auteur insiste sur les détails un peu à la manière des auteurs russes à une certaine époque. J’aime la lenteur et le décor qu’il installe. L’atmosphère et les personnages sont vraiment bien posés. Chaque mot est choisi, c’est magnifique, » s’enthousiasme Coignet. « Le style est à la fois cru, drôle et cynique ».

Les trois premières pages

Grande amoureuse de la littérature, ce sont les trois premières pages d’un livre qui sont déterminantes pour Bozena Coignet. « Je ne sais pas comment vous expliquer ce qui se passe en moi. C’est comme la beauté, ça n’a pas de mots. Soit je suis happée, soit je ne le suis pas. » Ce rapport intime et passionnel à la lecture, Coignet l’entretient depuis la plus tendre enfance grâce à des visites hebdomadaires à la bibliothèque de son village situé au sud de Cracovie .

« Un des rares avantages du communisme, c’est qu’il y avait une bibliothèque dans chaque commune. Il y avait une vraie culture du livre. La bibliothécaire connaissait chacun d’entre nous et savait comment nous conseiller, c’était fantastique. S’il y a une bibliothèque qui fut importante dans ma vie, c’est celle-là, » dit Bozena Coignet qui n’a pas arrêté de fréquenter les bibliothèques en s’installant en Belgique.

Une vraie Zinneke

« Je suis membre de Muntpunt et d’autres bibliothèques bruxelloises. Il y a des livres qu’il me faut absolument chez moi et d’autres qu’il n’est pas raisonnable d’acheter par souci écologique. Et puis une bibliothèque c’est toute une atmosphère, c’est bien plus que d’emprunter des livres ». Quand ce ne sont pas les bibliothèques que Bozena Coignet écume, ce sont les librairies bruxelloises avec une affinité particulière pour Tropismes et pour Tulitu, la librairie en avance sur son temps du quartier Dansaert, ouverte sur le monde et sensible aux combats féministes et LGBTQI.

À Bruxelles, on trouve tout ce que l’on veut et même plus. La ville regorge de choix, de découvertes et de surprises. Bozena Coignet sera la première à vous le dire. « J’adore Bruxelles, surtout en été car j’ai l’impression de l’avoir encore plus pour moi » dit celle qui chérit autant la littérature que sa ville. « Je me sens vraiment Zinneke. Mon parcours déraciné fait que je me présente avant tout comme une Bruxelloise. J’aime le mélange des cultures qui fait ma ville. Ici personne ne me dévisage et ne me demande ce que je fais là. »

De uitzichtlozen • Nicolas Mathieu
‘Leurs enfants après eux’ • vert. Reintje Ghoos en Jan Pieter Van der Sterre
Meulenhoff, 2019 • 413 p.

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Cette interview fait partie de 1 City, 19 Books (2020) – un projet de Muntpunt et des bibliothèques néerlandophones de Bruxelles.